L’insolente douleur du corps

Je lis des auto édités

logo-dLament Lake, de l’autrice Jo RILEY-BLACK, 284 pages officielles. Disponible en version brochée et en version numérique sur Amazon, publié en décembre 2018.

Résumé : Que savez-vous de la dépression et de ses vices ? Êtes-vous sensibles à l’isolement, la folie, la déchéance totale ? Jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour renaître de vos cendres ? Voici le récit de Maisie, sa vie, sa destruction, sa ville pourrie, ses amis… Plongez avec elle dans l’enfer de la dépression. Questionnez votre propre vie, vos propres regrets, en lisant cette dark romance.

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Je commence pour une fois, ma chronique avec une bouteille de vieux rhum, quelques allumettes, des rails de coke, des morceaux de pizza… Si vous ne comprenez pas pourquoi, attendez de lire le drame qui se joue durant les 284 pages du roman.

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Un Sanglot qu’il vous faudra déguster avec des parts de la pizza Chilly Cheese de chez Domino’s Une bonne bouteille de Rhum ne sera pas de refus… histoire de pimenter la soirée.

Dès les premiers mots, un début de débauche, de lâcher-prise morbide qui me donne mal au ventre et mal à la tête. Un maigre espoir d’une quête de liberté intense, éprouvée par le seul désir de se détruire, de se déposséder de son enveloppe corporelle et de son âme. Voilà ce que m’évoque le début de ce roman. Je perçois une terrible souffrance. Elle se répand dans mon intérieur comme un serpent en traque, non loin de cette atmosphère pesante qui agrippe Maisie, une jeune lycéenne, dépressive.
Car oui, si vous ne l’aviez pas encore compris, l’autrice aborde avec ses mots et ses émotions, la douloureuse maladie de la dépression, de la perte d’une jeunesse et d’une vitalité promise, mais également, l’anorexie, qui n’est pas prônée ici mais qui vit tapis dans l’ombre de Maisie. J’apprends à la connaître. L’abandon de son corps a débuté depuis de nombreuses années maintenant. C’est étrange, comme je me sens mal à l’aise de lire ces lignes. Non pas parce que je n’apprécie pas le style de l’autrice mais au contraire, car elle me fait vivre une mort lente mise en mots, tous plus trash les uns que les autres. L’autrice ne maquille pas et ne mâche pas ses mots pour améliorer ce quotidien ternis par le rejet parental, l’abandon de soi, la disparition du moindre souffle de vie. Si bien, que ma lecture me laisse, l’espace de plusieurs chapitres, sans voix, avec un sentiment d’écœurement, tant la description du mal qui ronge Maisie, est détaillé avec précision et tragisme.

J’ai donc fait la connaissance de Maisie, une jeune fille en perte de repères, abattue, et, de son groupe d’amis, tout aussi mal en point, abritant au fond d’eux remords, regrets et envie d’ailleurs.
Notre personnage principale entretient des relations plus que toxiques avec sa mère, absente et détruite. Ces personnages sont plus que réels, et expriment une forme de rage qui fait sens.
James, le frère jumeaux de Luke, qui est aussi le meilleur ami de Maisie, cache un lourd passé qui le pousse également à s’auto-détruire. Son côté « bad boy » fait de lui un garçon attachant et intriguant, malgré le fait qu’on puisse par moment lui trouver un coté agaçant, tant il s’énerve vite contre Maisie, dont j’apprécie le franc-parler. James, comme Maisie sont des personnages très solitaires et mystérieux. Ils sont à eux deux, la personnification de « l’agir » c’est-à-dire qu’ils préfèrent, lorsque l’émotion est trop forte, la fuite et la casse. Frapper leurs corps et les corps, aussi fort qu’ils le peuvent pour laisser s’échapper ce trop-plein de vie en eux.
James et Luke entretiennent des relations tendues en mode – Je t’aime, moi non plus- que je trouve assez curieuse. J’aime que l’autrice souligne la difficulté d’être jumeaux avec un autre qui vous ressemble, mais qui s’oppose à tout ce que l’un aspire. Ce lien fragilisé par la distance de personnalité et de caractère, est parfaitement mis en scène du début à la fin.

Cette distance/amour/haine se traduit également autour des liens familiaux distendus, chaotiques et déstructurés pour tous les personnages de ce roman. L’absence de repères, d’autorité, de fragilité parentale est renforcée par l’image d’un père abandonnique et pervers.

Je ressens des frissons à la lecture de certains passages tranchants avec le silence de la souffrance qui s’extirpe du souffle de Maisie. C’est intolérable, je suis là, en train de lire, pendant que de l’autre côté de ces pages se joue des drames. C’est indécent la manière dont la violence des scènes est décrite de façon aussi fluide, presque simplement et avec une distance qui m’inquiète et me fascine à la fois. Un grand bravo à l’autrice qui réussit à me faire aimer cette violence silencieuse par ses mots et une certaine douceur, car il me prend l’envie par moment, d’enlacer et de réconforter Maisie. Peut-être suis-je un peu psychopathe ? Les scènes sont d’une décadence totale qui parfois me mettent mal à l’aise tant elles sont animales. C’est si paradoxal de dire que l’autrice décrit avec émotion l’écœurement…

Sa tête était lourde, mais son esprit était vide. Ça bourdonnait dans ses oreilles. Une vague de chaleur. Puis la nausée. Au-revoir le chaud. Bonjour le froid. Tout était immobile. Sauf elle. C’était asphyxiant. Elle aurait voulu crier mais le son resta bloquer à la lisière de ses lèvres. Elle s’adossa alors à un arbre, et ne se concentra plus que sur l’écorce acérée labourant son dos. Les larmes percèrent des tranchées entre ses paupières closes. Elle inspira. Dieu que ça faisait mal.

Il est également question d’une confession latente de Maisie. Tout au long de la lecture je me demande ce qu’elle cache à ses amis. J’apprécie le lien fait avec la difficulté de confier tout haut son mal être à ceux qui sont censés nous être proche. Cet apprentissage de la vie pour Maisie et ses amis se fait sans nul doute, dans la douleur. Une amitié sauvage, brutale et fragile lie tous les personnages de ce roman. L’autrice utilise des mots durs voire violents pour peindre des émotions torturées. Une amitié comme famille. Qu’en pensez-vous ? Est-ce possible ?

De plus, il y a beaucoup de désir sexuel pour Maisie. Est-ce seulement le travail des hormones adolescentes ou est-ce que le goût du sexe lui permet de combler une sorte de manque affectif ? Quoi qu’il en soit, un combat se joue quelques pages plus loin entre les liens du sang et les liens de l’amour. Un duel pervers. Qui en sortira gagnant ? Qu’y a-t-il à gagner ?

Le pardon est un des nombreux thèmes que l’autrice met en mots également. Mais taire des actes odieux ne ferait-il pas que de nous en rappeler le traumatisme ? Pardonner les autres est déjà un pas énorme, mais se pardonner soi, de se faire subir l’impossible, est-il moins douloureux et plus facile ? Je ne pense pas.
J’ai songé à un moment où ce pardon serait posé et serein, mais il n’en ai rien De nombreux rebondissements viennent contre balancer mes plans à la vitesse grand V ! La fuite devient un échappatoire correct. Mais pourquoi ? J’ai cette image de l’envol d’un papillon qui quitte le cocon qui lui tenait chaud pour mieux s’épanouir. Il n’en est rien ici. Un arrêt d’urgence est dressé quelques lignes plus loin. Comme un frein à mes propres aspirations d’un « Happy-End ». J’ai l’impression que l’autrice nous peint une forme de renaissance, comme s’il fallait pour vivre, mourir une fois. J’aime cet instant de retour à la vie, ce combat par intraveineuses.

Voici un roman dont la douleur a rythmé ma lecture tant il s’agit du récit d’un drame de vie. Un pur concentré de vérités en ce qui concerne la difficulté de vivre, la peur d’avancer et la descente cruelle aux enfers. Un combat entre le bien et le mal, l’amour et la haine. Mais surtout, une épuisante lutte contre soi. Un peu comme dans le livre de Paul COELHO, « Véronika décide de mourir ». Connaissez-vous ?

Wow !! J’aime cette fin. Mon dieu ! Je ne m’attendais pas du tout à ça !!

Le mot de Jo :
Tout d’abord merci à Alexandra d’avoir pris le temps de lire et de faire une chronique de mon roman.
Merci à ceux qui l’ont déjà lu ou qui maintenant, ont envie de le lire.
Et surtout, si vous écrivez vous aussi, ne laissez rien ni personne se mettre entre vous et vos rêves. Ne laissez personne vous faire croire que ce que vous faites ne compte pas et ne vous comparez à personne d’autre qu’à vous-même.
Vous êtes votre seul obstacle, votre seul rival, mais aussi votre plus grand ami et votre plus bel allié.
Croyez en vous et prenez du plaisir dans tout ce que vous faites.

 

Et vous l’avez-vous lu ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?

Est-il douloureux d’aimer ?

Retrouvez toutes mes chroniques gourmandes dans les rubriques « Livres par auteurs » et « Livres par titres » !

Un grand merci à l’autrice pour sa plume, sa réactivité et sa gentillesse.

 

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