Le réalisme de la violence

Être en confinement a du bon et résonne parfaitement avec le dernier thriller des Éditions Taurnauda. Magali Collet signe son premier roman, »La cave aux poupées », en assénant aux lecteurs, un coup de poing magistral. Entre violence tacite et physique, drames d’adolescence et traumatismes, je reste bouche bée. Découvrons ensemble pourquoi.

J’étais paralysée. Le Père, il allait me tuer, c’est certain.

Extrait du thriller – La cave aux poupées –
livre avec un verre de jus d'orange et un café accompagné d'une assiette avec des tartines
Le petit déjeuner, cette habitude bien gardée…

Une descente aux enfers plus rapide qu’une tarte dans la gueule

Comme il est rare d’être alpagué de la sorte, je ne vais pas me priver de vous en jeter à la figure. Du début à la fin de ma lecture, je me suis pris une dizaines de coups. Je ne saurai décrire l’extrême violence qui émane de ce livre. C’est brutal mais tellement bon ! Magali Collet manie avec style, l’art d’éblouir, de torturer le lecteur mais également de le sensibiliser doucement à deux thèmes majeurs (et non des moindres) : la violence et l’enfance.

Projetée dans un torrent addictif, ma lecture se veut rapide me laissant très vite à bout de souffle. Accro à cette violence, je suis les aventures de Manon. Jeune femme à la merci d’un Père tyrannique, violent et psychopathe. Elle passe ses journées entre les coups et son rôle de geôlière d’adolescentes, malgré elle.

Le lecteur, ce voyeur

C’est assez étrange d’être là, à lire ces lignes et ne pouvoir agir pour sauver ces vies malmenées, brutalisées.

Du haut de son physique d’homme, Manon obéit à celui qu’elle nomme « Le Père ». Forte marque d’emprise physique et mentale. Je suis partagée entre une violente envie de la voir sombrer et un besoin fort de lui venir en aide. C’est elle qui nous livre son quotidien, sans retenue, avec simplicité. De nombreuses questions m’assaillent à la lecture des différentes scènes qui défilent de page en page. Quelle différence entre le bien et le mal ? Jusqu’où s’arrêter ? Quel traitement peut-on faire subir à l’autre ? Où est la limite ?

Décrit dans un décor sombre, sans amour, hargneux, le quotidien est poignant, les descriptions, réalistes. Je n’ai aucun mal à m’imaginer dans cette cave sordide, à voir Le Père violer ses proies et à frapper celle qui lui sert de fille et de femme de temps à autre. Je suis écœurée mais ne peut décrocher de ma lecture. L’insoutenable prend tout son sens tout du long de ce thriller-témoignage.

Une profonde injustice

À travers son thriller, l’autrice souhaite avant tout faire comprendre aux lecteurs que tourner le dos à la violence n’est pas une si facile entreprise. Culpabilité, remords, habitudes (?), les violences de l’enfance et celles faites à l’encontre des femmes ne trouvent aucun écho au sein d’une société de plus en plus tournée vers le nombrilisme.

Cette idée se renforce avec l’écriture de ce thriller psychologique à la première personne du singulier. Comme un témoignage qui parvient difficilement à l’oreille de tous, nous lecteurs, sommes touchés en plein cœur par la cruelle destinée de l’injustice. Même si Manon semble habituée à ce quotidien, la prise de distance est requise par celui ou celle qui tient ce livre entre les mains. Ce fort contraste entre « normalité » et atrocité est sans aucun doute, très bien tournée et écrit.

Ici, nous parlons de huit-clos, de vérités qui ne peuvent sortir de la cave. Endroit très bien choisit pour y faire moisir des vies et des idées arriérées. La position de la femme en bas de l’échelle ressort très fortement avec le choix de ce lieu. J’adore !

Le personnage de Manon est très bien pensé. ses faits et gestes, ses mots, le ton de sa voix… tout est pensé de manière à rendre compte d’une réalité souvent tue.

Une intrigue incroyable

Le style vif et piquant de l’autrice est une tuerie à découvrir. Moi qui n’aime pas forcément me lancer dans des thèmes aussi forts, je ne regrette absolument pas d’avoir eu ce bijou entre les mains ! Un vrai coup de cœur ! Une intrigue rondement ficelée, qui coule de source et qui fait réfléchir. Cerise sur la gâteau ? Une fin digne des plus grandes tragédies qui marquent les esprits.

C’était juste… bien.

Ce que Magali en dit

Merci Alexandra de me donner l’occasion de poser ces quelques mots supplémentaires. J’ai toujours aimé observer les passants, assise à la terrasse d’un café ou d’un restaurant. En les regardant j’imagine leur vie, j’invente leur histoire. Celle de Manon est née ainsi, à la terrasse d’un café parisien. Je me souviens d’une femme croisée, elle semblait triste. En la voyant, une phrase m’est venue à l’esprit : « Il faut beaucoup de temps pour refroidir un cœur et mille fois plus encore pour le réconforter ». C’est ma façon de dire qu’il faut prendre soin des autres si on ne veut pas les casser… J’ai fait de cette femme le visage de Manon. J’espère qu’après avoir lu son histoire, vous l’aimerez autant que moi.

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=208x10000:format=jpg/path/s9fbf515e67c6e0cd/image/i360ac1a80a505de9/version/1578575908/image.jpg
19 mars 2020
9.99€ en librairie
5.99€ en e-book

Disponible en ligne et en librairie sur : Fnac, Decitre, Amazon, Cultura, etc

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !
Lire les autres critiques

Merci Magali pour ce roman coup de poing et ce véritable coup de coeur ! Joël... quel talent pour n’avoir pas froid aux yeux !

La mémoire impalpable

Édité le 13 février dernier par Les Éditions Taurnada, le thriller de Tito Desforges « La machine à brouillard » plonge le lecteur dans les profondeurs de la folie. Saurez-vous rester entiers face à votre propre reflet ? Un roman poignant qui se déguste avec un dessert exquis.

Fond noir, cannelle, glace vanille, crumble aux pommes, thriller psychologique… la boucle est bouclée.

Un sérieux cocktail Molotov piégé au sein de ce thriller sous haute tension

Complot, dégénérescence, manipulation, trahison, folie. Si vous désirez braver les mailles malades du cerveau d’un ancien soldat, alors poursuivez votre lecture. Je vous révèle les coulisses de la machine à brouillard.
Suis-je déjà en train de perdre la notion du temps ? Probablement. Certainement même. Plus j’avance ce dans ma lecture et plus ma raison prend peur et tourne en rond ne m’offrant que de courts laps de temps de respiration. L’incompréhension me gagne très vite, mais mon envie de savoir est plus grande.

Mais reprenons depuis le début. Nous suivons les traces ensanglantées laissées par un certain Mac Murphy, ancien soldat au tempérament de feu. Prêt à tout pour protéger sa fille, Louise, des mains des habitants de Grosvenore-Mine.

Je dois vous avouer avoir été perturbée du début à la fin par cette lecture, ne comprenant pas par quel bout commencer mon analyse. En entête comme indice, des signes de suivi psychiatrique et d’une expérimentation médicamenteuse pour dissiper ce brouillard qui hante le soldat d’élite Mac Murphy. L’humour en étendard et un franc-parler pour nous guider sur les routes presque désertes de ce petit village australien.

Des scènes à la Kill Bill

L’action ne tarde pas à arriver. Beaucoup de scènes séquencées et violentes dans ce roman qui ne laissent aucune chance au lecteur de reprendre son souffle. De plus, aucun des indices présents ne permet de se repérer dans l’espace temps. J’admire ce genre de roman qui nous livre un récit brut, cadenassé.

Une thématique se dégage. Le témoignage d’un père qui s’est fait le serment de protéger sa fille quoi qu’il advienne de lui, où qu’elle soit. Certains passages sont vraiment très poignants. Surtout lorsque la folie se mêle à cet amour incommensurable. Déceler le vrai du faux devient littéralement une torture où se dégage une certaine mélancolie. Mac Murphy me fait énormément de peine et je ne peux qu’être admirative face à sa détermination sans limite, jusqu’au meurtriment de son âme et de son cœur.

Mais certaines questions demeurent encore sans réponse. Est-ce une expérimentation ? Un complot ? Un rêve? Que de stratégie pour tenter de trouver l’unique raison, ce secret qui maintient cet homme hors du commun, en vie.

Quand la mémoire fait défaut

Perdre la mémoire est de loin ma plus grande peur. Alors, quand j’en lis les effets secondaires, je ne peux que paniquer. Les émotions ressenties par Mac Murphy sont si intenses qu’elles prennent aux tripes.

Passer d’un décor à un autre rend dingue. Néanmoins, une certaine logique se dessine vers la fin de cette ouvrage qui ne laisse pas indifférent. La plume de l’auteur est assez particulière pour nous rendre accro en quelques pages à un scénario loufoques mais étudié et calculé. Il dresse le portrait d’un homme ordinaire au quotidien extraordinaire dans lequel chacun peut se reconnaître. Il nous rend témoin de sa descente aux enfers. Impuissante, je poursuis ma lecture, dans l’espoir de trouver une échappatoire.

Une fin sous haute tension

Mais quelle scène finale ! J’en suis encore choquée. J’ose à peine sortir de cette lecture en apnée. C’est tellement bien pensé que ça me laisse sans voix (et il m’en faut beaucoup).

Tout au long de ce thriller psychologique, nous alternons des moments de conversation entre médecins et Mac Murphy, des scènes d’actions d’une violence inouïe et d’autres floues et énigmatiques. Je me suis souvent demandé où j’allais atterrir. Mais le plus émouvant dans ce roman reste l’amour d’un père pour sa fille et cette sensation que notre présent nous échappe. Quand je repense à tout ce que Mac Murphy traverse, me vient en coup de poing, l’ironie d’une vie gâchée par le trou noir de l’avenir.

Peut-on dissiper le brouillard dans lequel Mac Murphy s’est enveloppé si précautionneusement ? J’en doute fort.

Encore une touche de folie ? Découvrez le mot de Tito

Dans une autre vie, j’ai vécu une poignée de mois dans le bush australien, à l’ouest du Queensland, pas trop loin de la frontière du Northern Territory, à deux ou trois encablures de la petite ville minière de Mount Isa. Les bleds qu’on trouve dans cette région reculée sont semblables à celui – fictif – de Grosvenore-Mine que je décris dans « La Machine à brouillard ». L’ennui y règne en second maître après le soleil, le troisième étant Dieu, représenté par une, deux, voire trois églises. Les gens y vivent comme des colons de l’ancien temps, à la fois brutaux, presque asociaux, et bizarrement complices, unis contre l’adversité. On n’y aime pas les étrangers. Pas du tout… Quand Joël Maïssa des éditions Taurnada, au vu d’autres de mes écrits, m’a conseillé de réaliser un thriller « du genre dur, impitoyable », mon esprit est immédiatement retourné là-bas, dans l’Outback australien. Et voilà. Tito Desforges.

https://image.jimcdn.com/app/cms/image/transf/dimension=208x10000:format=jpg/path/s9fbf515e67c6e0cd/image/i360ac1a80a505de9/version/1578575908/image.jpg

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !
Lire les autres critiques

13 février 2020
9.99€ en librairie
5.99€ en e-book

Disponible en ligne et en librairie sur : Fnac, Decitre, Amazon, Cultura, etc.

Merci à Tito de m’avoir retourné le cerveau, m’avoir fait douter. Merci à Joël pour une fois encore, nous avoir dénicher un livre hors du commun !